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Thérèse Schwab, potière


Pour moi, le travail avec la terre est à la fois un travail d'artisan et un travail de méditation. La terre est un élément qui me touche énormément. Ce n'est pas facile d'en parler. C'est intuitif. Chaque fois que je travaille avec la terre, une flamme s'allume qui m'anime et qui me donne du plaisir. J'ai l'impression de faire quelque chose d'important, quelque chose qui a du sens.

Dans le métier de potier, vous apprenez les gestes techniques de la production. À ce moment-là, vous êtes attentif à ce que vous devez faire aujourd'hui, par exemple, des assiettes qu'il faut faire et comment les faire. C'est une approche plus matérialiste. Quand on gère un petit atelier comme le mien, il faut aussi que ça soit rentable. Il faut s'interroger si l'on va gagner ce qu'il faut, ne serait-ce que pour payer son loyer.

L'autre voie est dans un tout autre registre. Il s'agit d'entrer en contact avec la terre dans un travail de méditation. C'est quelque chose que l'on fait volontiers en groupe. Ça aide beaucoup d'être ensemble. Quand les gens viennent à l'atelier, ils disent souvent qu'ils n'ont jamais fait de la poterie, et qu'ils ne savent pas. Mais dès que vous tenez de l'argile dans les mains, vous devenez un créateur, sans faire exprès. Cela me fascine, autant le sentiment d'être créatrice moi-même, que de voir les gens qui n'ont jamais rien fait devenir des créateurs. Dans ces cas-là, on crée sans faire exprès. On ferme les yeux. On est sensible au touché, en lien avec la terre, avec le ciel. Et puis, on laisse aller les mains. Ça se fait presque tout seul. Ça fait beaucoup de bien aux gens, parce qu'ils sont tellement dans la tête à se dire qu'il faut que ça soit beau. Alors qu'il ne faut pas que ça soit beau, il faut simplement laisser venir.

Je suis institutrice de formation et j'ai cinq enfants. Après la naissance du quatrième, par hasard, j'ai suivi un cours dans un atelier de poterie pendant une semaine. C'était la première fois que j'en faisais. Ce fut le coup de foudre. J'ai senti que c'était ça que j'aimais. Par la suite, j'ai continué en autodidacte en prenant quelques cours. J'ai aussi lu certaines choses qui m'ont fait comprendre pourquoi j'aimais tant la poterie. Il y a un potier de la Communauté de Taizé qui a écrit un livre qui s'appelle "Par l'eau et le feu - un itinéraire de potier". Il faisait vivre les symboles du métier de potier de façon poétique. Dans la poterie, vous maniez les quatre éléments : la terre, l'eau, le feu et l'air. Tout être humain est sensible à cela. Dans ce livre, il raconte, sous forme de conte, l'histoire d'un homme qui avait soif de vie mais qui ne savait pas de quoi il avait soif. L'homme fait un rêve qui lui dit "Tu vas marcher droit devant toi et tu arriveras à la maison du potier." L'auteur décrit l'arrivée dans cette maison - une poterie comme il y en avait dans le temps où il y avait le four à bois. C'est un univers dans lequel je me suis senti vivre.

J'avais plus ou moins arrêté de travailler comme institutrice parce que nous avons beaucoup voyagé avec Jean-Claude, mon mari, et puis il y avait les enfants. À Saint-Blaise, j'ai repris quelques heures en tant qu'institutrice. À travers la poterie, j'ai relié deux choses que j'aime, parce que j'ai beaucoup d'enfants qui viennent à l'atelier. Je me suis plus tournée vers le partage de ce travail de la terre avec les enfants et les adultes que vers une production personnelle. Actuellement, c'est difficile de vivre de la poterie en tant que production. Par contre, les gens recherchent ce lien avec la terre.

Thérèse Schwab, potière

créée le 10 jan 2000 - modifiée le Mar 18 déc 2001