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Katia Hurni, assistante en pharmacie et officier de l'armée suisse

Katia, quel est votre métier?

Je suis assistante en pharmacie.

Et comment devient-on assistante en pharmacie?

On doit suivre un apprentissage qui dure trois ans et les cours ont lieu à la Chaux-de-Fonds

Qu'est-ce qui vous a décidé de suivre cette piste?

J'ai terminé l'école secondaire en classique, mais je n'avais pas du tout envie d'aller au gymnase. Je ne savais pas quoi faire. Alors j'ai fait un stage dans une pharmacie et cela m'a vivement intéressée. J'ai postulé ici à Saint-Blaise et j'ai été choisie. Je ne l'ai plus jamais quitté. Cela fait vingt ans.

Est-ce que vous avez vu beaucoup de changements dans le travail?

Passablement. On faisait tout manuellement. 1 fois par mois, on devait tout écrire sur les feuilles de pharmacie, joindre les ordonnances puis les envoyer aux caisses-maladies. Ensuite, cela a été en partie informatisé. Il y avait des données sur informatique (disquette), mais on devait continuer à envoyer les feuilles et les ordonnances auprès d’un office de facturation, toujours 1 fois par mois. Maintenant tout se fait sur informatique, via internet, 1 fois par jour !

La pharmacie de Saint-Blaise est l'unique pharmacie à Saint-Blaise?

Effectivement, il n'y a qu'une. Quand j'ai commencé à travailler, il n'y avait pas de pharmacie à Marin Centre, ni à Marin Bourg, ni à Cressier, ni au Landeron. On avait beaucoup plus de travail qu'actuellement. On livrait jusqu'au Landeron, des fois même à la Neuveville. Avec l'ouverture des autres pharmacies, notre travail s'est un peu restreint.

Je crois savoir que vous avez un " deuxième " métier. Vous vous êtes engagée dans l'armée. Comment cela se passe-t-il pour une femme?

C'est exactement comme pour les hommes. Du moment où vous avez signé votre engagement, vous avez les mêmes droits et les mêmes devoirs que les hommes. En ce qui concerne le fait de grader, c'est exactement le même système que les hommes. Si vous faites une école de sous-officiers, vous le faites en même temps que les hommes. Vous payez vos galons comme les hommes. Et vous pouvez être amenée à commander des hommes, ce qui a été mon cas, parce que les femmes à l’armée sont peu nombreuses !

Qu'est-ce qui vous a décidé de vous engager dans l'armée?

J'avais un ami, Jean-Daniel, qui était un mordu de l'armée. Malheureusement, il a été atteint d'un cancer et étant malade, il n'a pas pu poursuivre son service. Il fût terriblement déçu. Trois semaines avant de mourir, nous en parlions et je lui ai dit en rigolant "T'inquiètes pas, je vais te remplacer." Il m'a prise très au sérieux et m'a dit "Chiche, tu vas le faire?" Je lui ai répondu "Je te le promets." Jean-Daniel est mort le premier juin 1990. Au mois d’octobre, je passais mon recrutement et au mois de novembre, j'ai commencé mon école de recrue. Une promesse est une promesse, alors on la tient. Il avait envie de devenir officier, alors je lui ai dit que je ne pouvais pas lui promettre de faire officier parce que cela ne dépendait pas de moi, mais que si l'on me "pointait ", j'irais jusqu'au bout. C'est ce que j'ai fait. J'ai eu la chance d'être prise comme sous-officier et ensuite comme officier. J'ai tenu ma promesse et j'ai été jusqu'au bout.

J'ai été remplaçante du commandant de compagnie et aurais pu devenir commandant moi-même. C'était une fonction qui m'intéressait beaucoup mais " malheureusement " avec deux enfants, cela prenait beaucoup trop de temps sur ma vie de famille. Je ne pouvais pas assumer cette charge en plus. Etre remplaçante me convenait, parce que l'on partageait le temps de travail, mais à temps complet cela n'aurait pas été possible.

J'ai eu la possibilité de suivre une formation d'officier protection AC (atomique et chimique - maintenant on va certainement rajouter le "B" de bactériologique ce qui donnera ABC). Je m'occupe d'un groupe hôpital où il y a entre trois cents et cinq cents personnes pour qui il faut contrôler la formation et parfaire leurs connaissances.

À l'école de recrue, il y a des concours pour gagner des distinctions. J'ai réussi celle du SPAC (connaissances AC) et aides aux camarades. Lorsque j'ai été incorporée dans une compagnie, j'ai demandé à faire une formation complémentaire de "détecteur AC". C'est-à-dire, une personne qui sort quand il y a des problèmes pour faire des mesures dans le but de protéger les autres. On m'a répondu que ce n'était pas possible parce que les femmes ne vont pas au combat alors on ne les expose pas au combat. Je ne pouvais donc pas sortir car je risquais de me faire tuer. La réponse fut NON. J'ai refait ce concours à l'école des sous-officiers, pour mon plaisir, et j'ai à nouveau réussi. J’ai postulé à nouveau pour devenir sous-officier AC. On m'a refusé pour les mêmes raisons. J'étais très déçue. Plus tard, l'officier qui avait ma fonction actuelle est parti et il n'y avait personne pour le remplacer. J'ai posé ma candidature encore une fois - parce que je suis têtue - en disant qu'en tant qu'officier protection AC je ne devais pas aller à l'extérieur pour prendre les mesures moi-même. Pour finir, ils ont accepté. C'est comme ça que j'ai eu la chance de suivre cette formation. Je suis donc la première femme à être formée en tant qu’officier AC, ici en suisse romande.

Comment est la situation d'une femme dans ce contexte plutôt masculin?

Cela dépend. Je connais des filles qui ont eu des problèmes à se faire accepter et d’autres, qui comme moi, n’ont eu aucuns problèmes. C'est comme ça un peu partout, que cela soit dans la vie civile ou militaire. J'ai toujours eu beaucoup de chance. Il est vrai que j'ai eu un peu peur la première fois que j'ai dû commander. Je me suis demandée comme cela allait se passer. Et en fait cela a très bien été. J'étais contente. Ce qui fait le plus plaisir, c'est l’année suivante, lorsque je suis retournée au cours de répétition et que l'on m'a demandé, à l’entrée en service, à être dans ma section !

Vous n'avez jamais regretté la promesse faite à votre ami Jean-Daniel?

NON. J'ai toujours eu beaucoup de plaisir. Mais j'ai aussi eu des moments où je me suis demandée pourquoi j'avais promis cela, surtout lors de longues absences pour les écoles d’avancement et les paiements de galons (car les enfants vous réclament, et ne comprennent pas toujours pourquoi maman n’est jamais là !). Mais comme je l’ai dit, une promesse est une promesse et l'on va jusqu'au bout. MERCI

Katia Hurni
Interview Alan McCluskey

créée le 15 déc 2001 - modifiée le Sam 19 jan 2002