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Laboratoire de Physique d'un lycée de Port-au-Prince, 1964

Jean-Claude Schwab, pasteur

Le fait de devenir pasteur pour moi était à la fois mystérieux et très clair. Mes parents avaient une tâche pastorale, mais ils ne m'ont jamais imposé quoi que ce soit, à un tel point que je n'avais pas de rapport direct avec l'église. En tant que jeune, j'ai eu envie d'être en lien avec l'église et j'ai moi-même pris l'initiative de faire un catéchisme. Comme jeune homme, ma deuxième démarche était de demander le baptême - je n'avais pas été baptisé alors que mes parents étaient croyants et engagés dans l'église. De cette façon, bien qu'issu de famille chrétienne, j'ai eu la possibilité de faire des démarches personnelles assez tôt sans avoir besoin de lutter contre les convictions de mes parents.

À la fin du gymnase, je me questionnais sur mon avenir. Est-ce que j'allais faire la théologie, ou bien suivre mon envie de faire la physique. Après de longues tergiversations, j'ai décidé d'étudier la physique à l'Ecole Polytechnique de Zurich ... dans l'esprit d'un pasteur. C'est-à-dire, je m'imaginais faire de la recherche de pointe tout en étant enraciné dans la foi, comme témoin du Christ dans ce monde-là. En cours d'études, j'ai arrêté une année pour enseigner la physique en Haïti. Cela m'a complètement bouleversé: être dans un pays pauvre, un pays où les problèmes sont immenses, et m'investir dans des relations et dans la recherche de solutions. J'ai réalisé, alors, que mon premier centre d'intérêt n'était pas la science, mais la relation. C'est devenu clair que je ne serais pas chercheur scientifique mais, si j'étais en science, je serais enseignant. J'ai fini mes études dans cette perspective et j'ai commencé à enseigner, de nouveau en Haïti. Je pensais toujours que ce n'était pas la physique qui était le plus important, mais la relation avec les étudiants et avec d'autres à l'université. Après une année en Haïti, on m'a demandé d'être aumônier des collèges secondaires dans une ville de Côte d'Ivoire. J'ai accepté. Le changement était significatif parce que j'ai endossé une fonction ecclésiale. Mon travail consistait à enseigner la religion et à animer des groupes de jeunes sous forme d'un centre culturel et cultuel. On organisait des rencontres où il y avait plus de mille jeunes.

À la suite de ce travail, on m'a demandé de faire un travail avec les Groupes Bibliques Universitaires (un mouvement d'étudiants chrétiens) au Zaïre. J'ai aidé des étudiants à s'enraciner dans leur foi. Ce travail se transformait en aumônerie universitaire, où il ne s'agissait plus de l'enseignement, mais de présence protestante dans un campus catholique, avec une fonction passablement pastorale alors qu'il n'y avait pas encore d'église. J'avais quatre - cinq ans de plus que les étudiants, et mon rôle consistait à soutenir ceux qui voulaient être témoin de leur foi dans leur home d'étudiants ou dans leur Faculté.

Cela me plaisait beaucoup parce je continuais à enseigner la physique tout en faisant un travail pastoral. J'ai commencé à étudier l'hébreu et le grec là-bas, en me disant que peut-être un jour je ferais un recyclage. En rentrant de l'Afrique, j'ai pensé faire une année de théologie, mais quand j'ai appris que je pouvais faire la licence en trois ans à cause des équivalences que j'avais, j'ai opté pour la licence. Je ne pensais toujours pas devenir pasteur, je m'imaginais continuer comme avant. En faisant ces études, j'ai perçu l'appel à poursuivre ce que je faisais avant, mais au sein de l'église. Je suis devenu, de cette manière, pasteur, presque naturellement. Ma première paroisse était ici à Saint-Blaise. Cela fait exactement vingt-et-un ans aujourd'hui (3 novembre 2000).

Ainsi je raconte ce qui m'est arrivé, mais je n'ai pas parlé de mon rapport à Dieu. Ce n'est pas moi qui l'ai créé. Il m'a été donné, à la fois par mon éducation et par Dieu Lui-même, je pense. Ce rapport est quelque chose d'absolument vital et identificateur de ma vie. Je ne le vois pas comme une appartenance à une église d'abord, mais comme une appartenance à quelqu'un qui m'aime. C'est le fait de me savoir créé, aimé, porté et libéré par quelqu'un qui a confiance en moi, qui me donne de la valeur, qui m'identifie, qui me donne ma dignité, ... c’est le fait que je suis touché dans mon être profond qui me donne envie d'en témoigner. C'est d'abord profond et personnel. Cela s'inscrit dans mon histoire. Et puis, ensuite, cela s'inscrit dans la société.

Jean-Claude Schwab, Pasteur

créée le 12 nov 2000 - modifiée le Mar 18 déc 2001