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La passion d'un métier

André Hildenbrand, chef d'entreprise d'installation et de ferblanterie


Propriétaire d'une entreprise d'installation et de ferblanterie, je suis la troisième génération et la quatrième est en place. L'entreprise a été fondée en 1878 par mon grand-père qui était arrivé du Würtemberg avec son baluchon et sa canne. Il a lancé sa canne sur les arbres de la route de Cornaux pour faire tomber des fruits et la canne est restée dans l'arbre. Son compagnon de route lui a dit "Tu vas faire souche ici." Il s'est arrêté à Saint-Blaise. Il a travaillé pendant deux ans dans une entreprise avant de fonder sa propre entreprise en 1878. Il s'appelait Mathias. C'est un prénom qui a beaucoup marqué la population de Saint-Blaise parce que ce n'était pas fréquent. On appelait mon père - dont le vrai nom était Otto - Mathias et les vieux de Saint-Blaise m'appellent aussi Mathias. En réalité mon prénom est André. Mon grand-père, au moment où les vignes de la région étaient attaquées par le mildiou, a fabriqué des pulvérisateurs pour traiter les vignes. Il les faisait entièrement dans son atelier en hiver et c'étaient ses enfants et sa femme qui allaient vendre les pulvérisateurs. Chacun partait avec un pulvérisateur sur le dos et devait revenir avec cinquante francs, le prix du pulvérisateur. Ils essaimaient dans toute la région, partout où il y avait de la vigne et chacun devait revenir non pas avec la pompe mais avec les cinquante francs. Il a aussi participé à la construction de l'usine de voitures Martini et après il a eu le privilège de faire pour Martini les capots des voitures et les calandres des radiateurs.

Mon père, Otto, a repris l'entreprise en 1913 quand mon grand père est mort, et il l'a menée jusqu'en 1945 ou il est tombé malade. J'ai alors dû reprendre la direction de l'entreprise. J'avais 22 ans. J'ai continué dans la même ligne, du sanitaire et de la ferblanterie, et j'ai ajouté un département cuisine. Quand je l'ai reprise nous étions quatre, moi compris, et nous sommes montés jusqu'à 118 employés en 1973. Maintenant le groupe compte encore environ 75 à 80 personnes. Nous nous sommes spécialisés par la suite dans les installations industrielles. Avec l'arrivée de la biotechnologie et des instituts de recherche, nous sommes devenus le fournisseur de ces industries comme le Centre suisse de l'électronique, Baxter, Philip Morris,...

Notre travail inclut la salle de bain, qui est l'installation traditionnelle, et la cuisine. Ensuite, nous avons les réseaux de distribution d'eau avec la surveillance de ces réseaux. Nous assurons journellement la distribution d'eau à Saint-Blaise, par exemple. Nous avons également des tâches de coopération avec les Communes environnantes (les réseaux de PréFargier, Marin et Hauterive). La surveillance d'un réseau d'eaux entraîne le contrôle quantitatif, à savoir, selon les fluctuations saisonnières et les besoins, il faut adapter les heures de pompage de façon à ce que les réservoirs aient toujours une réserve suffisante. Mais en même temps, on ne doit pas faire de perte d'eau par débordement. Il faut donc faire un contrôle journalier de ces réservoirs. Nous avons aussi le contrôle du réseau dans son ensemble. C'est-à-dire de l'étanchéité du réseau et des organes de ce réseau (les hydrants, les vannes et les conduites). Lorsque se révèle une fuite, nous devons la détecter et, puis, ensuite la réparer.

Auparavant, le réseau n'était pas équipé électroniquement, comme il l'est présentement. Maintenant, il y a des appareils de mesure avec un affichage au centre de contrôle communal et là, sur les cadrans, on relève le niveau et l'on peut régler les heures de pompages en fonction des besoins. Précédemment, il fallait se rendre journellement à la station de pompage. Depuis 1930, cette station se trouvait dans le vallon du Ruau et elle était à commande manuelle. Donc il fallait aller tous les jours contrôler l'état des pompes, le débit de la source et le niveau du réservoir. On ne pouvait pas laisser l'installation un jour sans surveillance. Par quelque temps que ce soit et à quelque heure que ce soit, il fallait se rendre sur place. Nous avons eu des années d'étiage - 47, 49 et 63 - années au cours desquelles les fameuses sources du vallon du Ruau, qui étaient selon les vieux habitants de Saint-Blaise intarissables, ont eu des périodes d'étiage totales. Il n'y avait plus une goutte d'eau à prendre dans ces sources. Cela a posé d'énormes problèmes au niveau de la distribution, de la consommation, des restrictions de la consommation.

Il nous faut aussi faire la conception du développement du réseau. Lorsque des quartiers se développent ou lorsque des réseaux doivent être interconnectés (ce qu'on appelle des bouclages), il faut établir les plans correspondants, en déterminant les diamètres selon les besoins. On obtient un plan général qui, évoluant d'année en année, finit par donner une conception globale. Par exemple, une intervention de fermeture de vanne dans un secteur pour une réparation ou une fuite ne doit pas priver ce secteur d'eau. Tout doit être bouclé de telle manière qu'un maximum de consommateurs soit alimenté.

Sur le plan de la formation, j'ai eu le privilège d'avoir pour enseignant, Monsieur Herter, ancien professeur d'hydraulique à la Sorbonne. Il m'a donné le coup de foudre de mon métier. Je l'ai rencontré en 1943 et les cours d'hydraulique que j'ai eu le privilège de suivre avec lui ont été l'étincelle qui m'a fait comprendre et aimer mon métier. Je ne suis pas du tout ingénieur. Je suis installateur sanitaire et ferblantier diplômé, avec un certificat d'apprentissage dans chacune des branches. Mais ensuite, j'ai fait de nombreux cours de développement et pendant longtemps. J'ai acquis les connaissances d'hydraulique qui me permettent de gérer techniquement mon entreprise.

En 1945 nous étions quatre. J'étais ouvrier et je devenais le patron de trois ouvriers. J'ai tout de suite développé l'entreprise. Deux ans après, nous étions quatorze, et en 1953 j'ai fondé une succursale à Neuchâtel qui s'appelle Hildenbrand et Cie SA. Il fallait déposer ses papiers à Neuchâtel pour avoir une concession. Économiquement, construire une deuxième société à six kilomètres de la maison-mère ne se justifie pas, mais c'est la réglementation communale de Neuchâtel qui m'y a contraint.

Sur le plan technologique, tout a évolué très fortement. Nous nous sommes spécialisés dans les installations industrielles et dans ces installations nous avons à collaborer à la construction de laboratoires dont la technologie est très poussée et qui nécessitent de l'électronique dans nos appareils. Pour avoir le savoir nécessaire à mon travail, je me suis formé par l'expérience. J'ai pu obtenir la confiance des clients en étudiant le problème de façon sérieuse et ma façon de l'appréhender, de le présenter et de le résoudre inspirait confiance.

Le savoir s'acquiert au contact avec des besoins de nos clients. En 1964, je me suis trouvé confronté à un problème que je n'avais jamais vécu. Il s'agissait de la construction d'un hôpital protégé à Neuchâtel qui devait résister à une force de 9G provoquée par la chute hypothétique d'une bombe atomique sur Berne. C'était le point de départ. Il fallait construire des salles d'opérations; seize réservoir de cent mètres cubes chacun; assurer une vie en autarcie totale pendant quinze jours. Lorsque l'on m'a confié le mandat d'étude, je me suis approché des autorités fédérales qui nous confiaient cette étude en leur demandant la littérature existant pour nous permettre d'étudier ce projet sur des bases solides. Leur réponse était: "Il n'y a pas de littérature Monsieur Hildenbrand." Il s'agissait du premier hôpital de ce type se construisant en Suisse. Je devais concevoir la solution idéale dans chacune des situations. Je devais faire trois propositions pour chaque cas d'exception, la responsabilité du choix leur incombait. Quatre salles d'opération enterrées dans des masses de béton énormes devaient être constamment en service. Les conduites de liaison passaient au travers des deux blocs séparés par un joint de dilatation. L'onde de choc pouvait déplacer un bloc d'une manière et un autre bloc d'une autre. Il fallait que nos conduites résistent aux déplacements des blocs.

Monsieur Herter ne se doutait pas en me transmettant une part de ses connaissances, qu'il me donnait en même temps la passion de mon métier.

D'après un entretien avec André Hildenbrand, chef d'entreprise d'installation et de ferblanterie, par Alan McCluskey

créée le 30 avril 2001 - modifiée le Mar 18 déc 2001