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Daniel Aeberli, artiste peintre | |
Les étudesDepuis tout petit, je dessine. A lécole, même en primaire, jétais déjà bon en dessin. Quand on a fait un journal de classe, cest moi qui ai fait les illustrations. A lécole secondaire, je faisais des caricatures de professeurs. Aux scouts, je faisais les dessins pour le journal. A douze ans, on ma offert une boîte de couleurs. A cette époque, dans les années soixante, cétait la grande mode de faire une promenade en voiture. Je naimais pas ça, alors je restais à la maison pour dessiner et reproduire des peintres. Je voulais devenir graphiste en faisant lécole de Bienne, mais mon père voulait que je fasse dabord mon Bac. Par réaction, je suis entré au gymnase le plus facile à lépoque - le gymnase pédagogique - pour devenir instituteur. Il y avait aussi des cours de musique. Cest là où jai repris le piano. Par réaction, je nai plus touché de crayon. Jai fait du piano, de lorchestre
on avait un groupe de rock. Je courbais même les leçons de dessin. Il faut tout de même dire que quand je voyageais je marrêtais dans des musées, je restais toujours attiré par lart. Je suis allé à luniversité en sciences économiques. Et puis il y a eu le service militaire. Jy suis allé à pied nus avec mes longs tifs. Je nétais pas antimilitariste, mais plutôt solitaire. Jai eu beaucoup de péripéties, parfois assez rocambolesques, mais jai réussi à en finir après deux cents jours de service. Au retour de larmée, cétait la crise. Je voulais arrêter luni. Mon père me parlait de lAcadémie Maximillien de Meuron. Une petite académie qui, à lépoque, donnait des cours de dessin et de peinture laprès-midi et le soir. Alors, jai décidé dy aller. Mon père a proposé de payer le logis, mais je devais travailler pour acheter mon matériel. Pendant deux ans, jai fait manutentionnaire aux assurances la Neuchâteloise. Ensuite, comme javais un Bac scientifique, jai travaillé chez OscilloQuartz pour faire des calculations de quartz pour les coupages. Pendant ce temps, je faisais des cours laprès-midi et le soir. Comme jétais très motivé, jai vite reçu une bourse de la Ville de Neuchâtel. Alors je navais plus besoin de travailler pour payer lécolage
Des débuts de la peinture à l'ancienne boucherieQuand jai fini lAcadémie, un des professeurs partait et il ma demandé de le remplacer. En même temps, mon copain Gabus, qui était antiquaire, ma demandé de le seconder. Il utilisait une ancienne épicerie en vivant dans lappartement au premier. Quant à moi, jai loué une ancienne boucherie à côté pour faire mon atelier. Derrière la boutique avec la balance il y avait le fumoir et au fond, dans larrière-boutique, sans fenêtres, jai installé mon atelier à la lumière dun néon. Javais lhabitude de la lumière artificielle parce que le soir à lAcadémie on travaillait toujours avec le néon. Jai mis la télévision dans le fumoir, de la moquette par terre et jai trouvé un ancien chauffage. Jai aussi mis mon lit là. Jai vécu quatre ans dans cette boucherie. A cette époque, je faisais une peinture très violente, dune violence écorchée dans lesprit de Soutine, jusquau jour où jai tout cassé. Jai brûlé mes toiles dans le fumoir
ça a mis feu au toit. Entre paysage et abstractionAprès un certain nombre dannées difficiles, ma deuxième femme, Suzanne, a reçu un héritage qui nous a permis dacheter une magnifique ferme de lautre côté du lac à Cudrefin. Il y avait 1400 mètres carrés avec verger et vigne. On a vécu dix ans là-bas parmi les marais. Je commençais à vendre plus de tableaux. Je faisais déjà des paysages. Cela fait 30 ans que jen fais. Je suis venu au paysage par la nature morte. Je retravaillais les natures mortes en supprimant les objets jusquà ce quil ne reste que la ligne de la table. Jétais frappé de voir que cela ressemblait à un paysage. Cest là où jai commencé à faire des paysages. Cest une continuation des petits maîtres du dix-neuvième qui peignaient des paysages. Entre temps, jai fait de labstraction, avec la révélation du travail du peintre américain Rothko qui faisait des plages de couleurs. Cest au carrefour entre cette abstraction et les petits maîtres du paysage que je trouve mon identité. Jaime bien être entre deux. Au lieu de faire des perspectives compliquées, lespace est fait par les vibrations des couleurs. Il y a toujours une simplification des lignes horizontales. Une ligne oblique serait rattrapée par une autre oblique. Depuis que je suis à Saint-Blaise, cest plus difficile daller au lac et il y a trop de monde, alors je découvre la campagne. Maintenant, je peins plus de campagne que deau. Ce nétait pas un hasard si jai peint le lac. Cétait surtout la rencontre entre deux plans de couleurs. Je me ballade énormément pour avoir des idées pour des tableaux. Comme jai été opéré du cur dernièrement, je marche beaucoup. Je fais des photos et des croquis des paysages. Quand je suis encore dans lesprit du paysage, je peux travailler un mois. Mais après, cest fini. Le croquis ne me parle plus. Je dois retourner voir. On a quitté Cudrefin et la campagne pour se rapprocher de la ville. On ne savait pas où aller. On nous a appris que la Maison du Tilleul à Saint-Blaise était à vendre et lon a décidé de lacheter à trois. Le bâtiment était abandonné depuis trois ans et nous avons entrepris de le rénover. Par couches successives ...Pendant 30 ans, jai peint à lhuile. A Cudrefin, javais un magnifique atelier sous le toit. Il faisait très chaud et sec. La peinture à lhuile met plusieurs jours à sécher et lon peut peindre la deuxième couche quune semaine après. Quand je suis venu à Saint-Blaise, on mavait demandé de faire une première grande exposition à la Galerie des Amis des Arts. Il fallait environ 80 peintures. Ici, cest plus humide et le temps de séchage est plus long. Cest à ce moment-la que jai décidé de me lancer dans lacrylique. Lacrylique permet de faire jusquà quatre ou cinq couches dans une journée. Cela a changé ma façon de travailler. Avec la peinture à lhuile, vous pouvez effacer avec la térébenthine ou bien revenir et déplacer des masses colorées. Tandis quavec lacrylique il faut travailler plus vite. Par contre, on arrive à faire des frottis, de laisser de couches dessous apparentes. En plus, une vraie huile doit être vernie. Cest brillant. Je cherchais toujours une huile mate ou satinée, mais cest difficile parce que cela produit des ennuis techniques. Lacrylique à lavantage, pour moi, de toujours rester satiné. Je naime pas partir du blanc, alors je mets déjà une couleur : rouge, ocre, bleu,
Après je mets des taches, je fais des gammes par dessus. Ensuite je les recouvre. Je nai pas forcément une idée en tête. Tout à coup, ça me suggère quelque chose
Je peux partir de rapport de couleurs très contrastées et, par superposition, jadoucis. Et cela se termine souvent par des monochromes. Je peux partir de quelque chose de très figuratif et ensuite je recouvre et je recouvre et cela peut durer des semaines, des mois, voire des ans. Jai des toiles exposées maintenant aux Amis des Arts qui étaient très différentes. Elles ont toutes des histoires. Bon, ce nest pas toujours comme ça. Parfois, jai une idée précise en tête. Les gens aiment mieux quand cest une observation transformée quune oeuvre conceptuelle. Ils aiment mieux quand je capte des ambiances. Ce sont des bleus, des gris, des paysages que lon a dans le sang. Daniel Aeberli, à partir dune conversation avec Alan McCluskey, un samedi du mois de mai 2002 lors de lexposition Aeberli à la Galerie des Amis des Arts à Neuchâtel. |
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