Favoriser le développement social, culturel et économique de Saint-Blaise [NE]
à travers l'utilisation d'Internet, notamment en donnant la parole aux habitants

gens d'ici + associations + entreprises + évènements + lieux + région + documents
dernières nouvelles du village + agenda + en couverture + nouveautés du site

... gens d'ici ...

Jean-Baptiste Cotelli, architecte

J'avais envie de faire un métier où j'étais avec les gens. J'ai failli faire journaliste quand j'étais tout jeune, mais, dans mon cœur, j'ai opté pour architecte. Pour être architecte, normalement on doit faire des études universitaires. Cela n'a pas été mon cas. J'ai fait un apprentissage de dessinateur en bâtiment. J'ai suivi les études d'architecte à l'université en tant qu'auditeur. J'ai préparé et réussi un brevet au registre des ingénieurs et architectes. J'ai aussi fait diverses études au troisième cycle, comme une maîtrise en patrimoine bâti.

J'habitais à Neuchâtel à l'époque. En faisant mon apprentissage, on m'a très vite donné des responsabilités. A dix-sept ou dix-huit ans, je faisais déjà des choses que l'on ne fait qu'une fois diplômé, parce j'aimais ça. J'arrivais au bureau le soir, je travaillais sur des choses qui n'étaient pas mes travaux. Alors on m'a donné ces choses à faire quand même. De fil en aiguille, je suis devenu très indépendant et j'ai fait presque tous les bureaux d'architectes à Neuchâtel, un peu à la mode des Compagnons. J'arrivais avec ma table, avec mes affaires. On me donnait un projet à faire. J'allais jusqu'à la conclusion et puis après je partais. C'était une bonne période parce que les gens avaient besoin de personnes qui travaillent de manière indépendante tout en étant salariés. Cela a été possible jusqu'à ce que la conjoncture devienne difficile et plus personne n'avait du travail à me donner. Alors j'ai ouvert ma propre boîte et j'ai continué à faire pour moi ce que je faisais avant pour les autres.

En faisant ma propre entreprise, j'ai dû apprendre sur le tas. Je n'étais pas un gestionnaire. Avant tout je suis un artiste qui a envie de construire. Je m'occupe bien de la gestion des bâtiments de mes clients, d'arriver au franc près. Mais pour ma propre entreprise … la gestion, ce n'est pas mon histoire.

J'ai eu un moment de tristesse, quand j'avais 20 ans, de voir que l'on détruisait des bâtiments qui fonctionnaient tout à fait bien pour faire n'importe quoi à la place. Ces anciennes maisons avaient des murs avec une inertie thermique, ce qui faisait que l'on était bien dedans. Alors que dans les maisons que l'on construisait à la place, on avait trop chaud ou trop froid. Les pièces étaient trop petites. Architecturalement et au niveau pratique, ces nouvelles maisons étaient moins intéressantes. La prise télé en plus ne justifiait pas de démonter l'ancienne maison. Alors, à l'époque, j'ai commencé à réfléchir comment faire autrement. Je regardais une maison, par exemple, et je me demandais comment je pourrais la transformer de manière "light" pour amener le petit confort moderne sans tout fracasser mais en gardant l'âme. Au début, j'ai fait cette démarche tout seul. Par la suite, j'ai vu qu'il y avait des cours qui se montaient dans le même sens, alors je les ai suivi.

J'ai toujours eu beaucoup de respect pour ce que les gens ont fait au dix-neuvième. Ils avaient une maîtrise exceptionnelle du bâtiment. J'ai pu accéder à des cours de l'époque de certaines écoles en France. Ils étaient vraiment au clair sur les crépis, les fenêtres, … et leur savoir est encore valable aujourd'hui.

On prétend que la manière moderne est économique, mais en réalité, l'on fait ainsi par méconnaissance. Si on respecte un bâtiment, en général, la rénovation coûte moins cher que si l'on ne le respecte pas. La structure qui existe représente un potentiel fantastique. Elle ne demande qu'à être restaurée alors que les gens vont la fracasser et vouloir faire autre chose.

Les gens ne se sont jamais assez penchés sur ce que c'est l'histoire du bâtiment. En ce moment, je travaille sur la première usine en béton qui a été faite à Neuchâtel. J'ai fait trois lofts là-dedans, et je vais en refaire trois. Malgré le fait que ce sont des transformations assez lourdes, les lofts se louent à des prix très bas. En utilisant la structure qui existe, on peut faire nettement moins cher.

Jean-Baptiste Cotelli, août 2000

Voir aussi "Les tailleurs de pierres de la rue Mureta"

créée le 24 août 2000 - modifiée le Mar 18 déc 2001